Aventures stratosphériques

- 21 avr. 09:37

Être étudiant et participer à un projet d’une année en collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne, c’est faisable ! Cela demande pas mal d’investissement, de culot et d’organisation mais ça rempli sont carnet d’adresses et surtout c’est énormément gratifiant quand le projet abouti. Comment quatre étudiants de l’UCL se sont retrouvés embarqués dans un projet qui leur a beaucoup appris …

ESA Education
Tout à commencé fin octobre lorsque Guerric surfait comme il en a l’habitude sur la page web « ESA education ». Un appel à projet, REXUS/BEXUS, y était lancé à tous les étudiants européens issus d’un des 18 pays membres de l’ESA. Guerric avait seulement deux petites semaines pour former une équipe soudée prête à se jeter à l’eau et trouver une expérience intéressante tout en restant réalisable par des étudiants.

REXUS/BEXUS
Ce concours annuel proposé par l’ESA est en réalité une opportunité offerte par la Swedish Space Corporation (SSC) et le Centre Aéronautique Allemand (DLR). Ces deux organisations ont imaginé le programme REXUS/BEXUS qui propose à des étudiants de faire voler leurs propres expériences à bord d’un ballon stratosphérique (BEXUS) ou d’une roquette expérimentale (REXUS). En tout 2 ballons et 2 roquettes, dédiés aux étudiants sélectionnés, sont envoyés chaque année depuis la base de lancement suédoise d’ESRANGE, située non loin de la ville de Kiruna, au dessus du cercle polaire arctique. L’ESA se charge quant à elle d’organiser une sélection auprès des équipes participantes tout en suivant activement le projet.

Former une équipe soudée
L’ampleur de la tâche pour Guerric était donc de taille mais rapidement l’équipe s’est formée. Après avoir consulté différents professeurs et chercheurs de l’UCL une première idée d’expérience a émergée. Nous allions concevoir une plaquette météorologique utilisant des MEMS (Micro-Electro-Mechanical Sensors). Jusque là rien de bien innovant car les MEMS sont bien connus et utilisés dans de nombreux domaines et objets de la vie quotidienne tels que les voitures, la célèbre Wii, … L’idée nouvelle était d’intégrer sur notre plaquette des SOI-MEMS (Silicon On Insulator) conçus au département de micro-électronique de l’UCL. Ces prototypes sont à la pointe de la technologie et se révèlent prometteurs pour l’avenir. Avec cette expérience nous voulions montrer que les MEMS et les SOI-MEMS sont à même de résister à un environnement hostile tel que la stratosphère (basses pressions, taux de radiation relativement élevé, basses température, etc…). Si les MEMS sont à la hauteur de leurs promesses ils pourraient même alors être qualifiés pour aller dans l’espace dans un futur proche.

Première sélection
Cette fois le projet de se concrétisait. Delphine, Alban, Guerric et Victor formaient désormais la SO-hIgh team. Nous étions encouragés et soutenus par des professeurs et chercheurs du département de micro-électronique de l’EPL car nous allions intégrer sur notre future hypothétique plaquette météorologique des détecteurs de pression, de température et d’UV fabriqués à l’UCL. Hypothétique car il nous restait encore moult sélections à passer avant de fouler la neige de Kiruna. A ce stade, notre projet était encore flou mais nous en avions assez pour remplir le formulaire de sélection, premier sésame pour cette aventure. Après un bon weekend de travail nous le rendîmes juste à temps, dûment complété. Il nous restait à attendre deux semaines la délibération des experts. Il faut bien avouer qu’à ce stade nous n’y croyions qu’à moitié tellement les événements s’étaient enchaînés rapidement. Mais un espoir restait, un espoir que nous osions à peine imaginer.

Voyages
Et pourtant, à notre agréable surprise nous étions présélectionnés et donc invités début février à une demi-semaine au Centre de Recherche de l’Agence Spatiale Européenne (ESTEC) à Noordwijk, en Hollande ! We did it ! Nous allions devoir défendre oralement notre projet devant un pare-terre d’experts de l’ESA, de la SSC et du DLR ainsi qu’une cinquantaine d’étudiants européens. Aux portes de la session d’examen de janvier il nous fallait agir vite et faire mûrir notre projet tant que nous disposions d’un peu de temps. Ce premier contact avec les experts et les autres équipes s’est bien passé et cette fois nous avions à priori gagné notre place dans un des deux ballons. Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer. Fini les vagues schémas et approximations, il fallait commencer préciser au maximum notre expérience en constante évolution. Car déjà nous devions être prêts en mars pour une semaine de workshop au DLR, à Oberpfaffenhofen, en Allemagne où une série de cours magistraux et pratiques nous ont été donnés par les différents organisateurs. Durant cette semaine nous avons appris à mieux connaître tous les membres de la campagne de REXUS/BEXUS 2009 au cours des différentes activités proposées mais surtout lors des soirées plus décontractées dans le bar de l’hôtel. L’opportunité de partager ses expériences, spatiales mais également humaines cette fois, avec la petite dizaine d’experts fût sans doute un de nos meilleurs moments dans cette aventure. Mais voilà qu’il faut déjà penser à se séparer, la semaine fût bien courte. C’est sur une péniche, en présence de Thomas Reiter, l’astronaute le plus célèbre en Allemagne que nous nous séparâmes!

Assemblage
L’essentiel de la plaquette météorologique a été réalisée en juillet et août dans un bureau mis à notre disposition dans l’unité de microélectronique à l’UCL. De jour en jour notre expérience progressait au fil des commandes, des factures, des recherches de sponsors et des rencontres avec une multitude de professeurs, chercheurs et autres académiques de l’UCL. Durant ces deux mois nous avons appris qu’il est extrêmement difficile de respecter les deadlines que l’on s’impose et plus le temps passait plus la pression montait car la plaquette devait être envoyée à ESRANGE pour le 20 septembre.

La campagne de lancement
Après deux semaines de cours à l’université nous avions la tête bien ailleurs ; il nous tardait de fouler le sol gelé de la Suède septentrional. Début octobre nous atterrissions dans le minuscule aéroport de Kiruna le cœur plein d’espoir, de rêves stratosphériques. Le choc thermique nous a vite ramené les pieds sur Terre et déjà nous embarquions dans un bus de nuit pour ESGRANGE. Après une demi-heure de bus sur une route enneigée nous arrivions à la base de lancement isolée de tout. La nuit nous avait caché le spectacle et c’est le lendemain seulement que nous nous rendions compte de la beauté du cadre dans lequel nous allions évoluer durant une dizaine de jours. Il fallait résister à l’appel de la Nature car une autre tâche nous attendait. Après un premier check-up de notre boîte météo qui avait survécu au trajet, nous avions encore beaucoup à faire sur notre software notamment. Bien sûr les événements ne se déroulent jamais comme on les avait prévus… Une série de problèmes sont venus rythmer nos journées et nos nuits. A nouveau nous travaillions sous pression pour intégrer notre petite boîte sur la nacelle. Nous étions toutes les équipes dans le même hangar, la « cathédrale », affairés à nos propres problèmes et réglages mais tout un chacun se préoccupait également des autres expériences. Après une série de tests d’interférences les ballons étaient prêts pour le vol, mais ce n’était pas le cas des conditions climatiques inquiétantes. De jour en jour le vent forcissait et les chances d’avoir une bonne fenêtre de lancement diminuait mais nous gardions espoir. Enfin le jour J est arrivé, le compte à rebours de 5 heures était lancé et les différentes procédures de sécurités et de tests finaux s’étaient déclenchées. Alea jacta est ! C’est non sans émotion que nous assistions au gonflage du ballon de 12 000 m³ qui allait emmener le labeur d’une année dans les hauteurs de l’atmosphère. Dès que le ballon fût lancé, nous nous précipitâmes dernière notre ordinateur où déjà les données de nos capteurs s’affichaient en temps réel. L’effervescence était à son comble dans la cathédrale où des cris de joies et de soulagement éclataient. Après deux heures de vol la nacelle à été lâchée au dessus de la Finlande dans une zone presque inhabitée et jugée sans risques par les experts de la base. Le soir même un hélicoptère était envoyé pour récupérer la précieuse nacelle. A première vue nos données semblaient cohérentes et l’expérience avait fonctionné durant tout le vol. Pour nous c’était une franche réussite.

Les derniers jours à ESGRANGE furent des plus agréables. Profitant du sauna avec les autres équipes, nous tissions des liens d’amitié plus forts et nous guettions constamment le ciel époustouflant qui s’offrait à nous tous les soirs. Dès qu’un semblant d’aurore boréale apparaissait, c’était l’éclatement de joie et tout le monde se réunissait religieusement à un endroit bien sombre aux bords de la forêt afin d’admirer le spectacle saisissant en silence ou en chantant quelques airs de sont pays.

La campagne BEXUS s’est achevée par une grande soirée d’adieux. Beaucoup d’émotion mais aussi beaucoup de rires car chaque équipe avait mis au point un sketch et l’ambiance était festive. Le retour à la vie étudiante « normale » n’a pas été aisé. Il nous était bien difficile de nous impliquer à nouveau dans nos cours et autres activités tellement notre aventure fût exotique et prenante. Jamais nous ne l’oublierons !

Prochain projet
Mais ce n’est pas fini, nous n’allions pas en rester là ! À peine remis de la Suède nous envisagions déjà de participer à un autre projet de type spatial : une simulation de vie sur Mars ! Habitués cette fois-ci il ne nous fallût pas longtemps avant de mettre le projet sur pied. Notre équipe, plus deux autres étudiants de l’UCL, a été sélectionnée par la Mars Society pour partir deux semaines en avril 2010 dans le désert de l’Utah aux États-Unis. Nous sommes actuellement en recherche de sponsors pour ce projet. Nous voudrions faire un appel à sponsors tous les lecteurs de la revue. Pour plus d’information sur le projet nous vous invitons sur notre site internet.
Adresse mail : crew94.ucl@gmail.com
Site internet : www.crew94.be
Pour plus d’information sur notre projet passé en Suède : www.sohigh.be